"Un moyen d’accroître ses capacités d’adaptation"
 

"Un moyen d’accroître ses capacités d’adaptation"

par Kogito pour le GIP Alfa Centre. Le 08/06/08 11:24. Localisation : ,.
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Questions à Vincent Merle, expert en VAE

Quel est l’intérêt d’une démarche VAE pour un salarié en emploi stable ?

Un salarié peut être à l’aise dans son emploi aujourd’hui et ne pas se sentir menacé, puis voir évoluer le contenu de ses activités ou se retrouver un jour confronté à la mobilité, pour des raisons personnelles ou professionnelles. L’obtention d’un diplôme peut constituer alors un véritable passeport pour une mobilité ou une progression professionnelle réussie. Par ailleurs, en s’engageant dans une démarche de validation des acquis de son expérience, on accroît ses capacités d’adaptation. Ce que l’on a appris dans un contexte professionnel particulier peut être transféré dans d’autres situations analogues. Par exemple, avoir appris à faire fonctionner une machine complexe permet le plus souvent de développer des aptitudes plus générales : faire un diagnostic de panne, savoir contrôler des paramètres de réglage… Le fait de "mettre en mots son expérience" à l’occasion de la VAE facilite cette capacité à transposer les savoirs acquis par l’expérience. Dans l’entreprise on valide avant tout la performance et le savoir-faire liés aux situations de travail immédiates. Un diplôme ou un titre valide les compétences, les connaissances et les aptitudes nécessaires à l’exercice d’un métier ou d’une qualification dans un espace professionnel beaucoup plus large.

Dans quels cas faut-il s’interroger sur l’opportunité d’engager une démarche VAE ?

Il y a des personnes dont l’expérience parle d’elle-même. Dans ces cas-là, à quoi bon rajouter un diplôme sur le CV ? En revanche, quelqu’un qui a un parcours plus haché, qui a occupé plusieurs emplois, travaillé dans des entreprises de faible notoriété, a lui intérêt à donner un signal fort à son propre employeur ou bien aux recruteurs s’il est demandeur d’emploi. L’obtention d’un diplôme ou d’un titre est un gage utile pour la suite de la carrière. Mais c’est aussi un moyen de savoir où l’on en est soi-même par rapport aux exigences contenues dans un référentiel de diplôme ou de titre qui constitue un repère collectif dans une branche ou une profession. Certains salariés recherchent à travers la VAE une reconnaissance personnelle de leur propre valeur professionnelle et engagent cette démarche d’eux-mêmes. Mais le plus souvent, c’est à l’issue d’un dialogue avec l’employeur ou avec un conseiller professionnel (à l’ANPE par exemple) que la VAE apparaît comme une démarche utile et pertinente pour construire la suite de son parcours.

Quels bénéfices le salarié nouvellement qualifié va-t-il retirer d’une démarche VAE ?

Obtenir un diplôme sur la base des acquis de son expérience suscite une légitime fierté. Souvent cela fait prendre conscience de ses propres capacités à apprendre et à progresser, surtout chez ceux qui sont sortis de l’école à un faible niveau. Cela donne envie d’aller plus loin et de continuer à développer ses compétences. Un conducteur de car qui exerce son métier depuis quelques années et qui passe par la VAE son CAP d’agent d’accueil et de conduite routière prend conscience de la complexité de son propre métier et cherche à en exercer toutes les facettes. Dans une entreprise de transport interurbain du Gard, les conducteurs ont été incités à faire une VAE. Certains ont pu passer chef de ligne, d’autres se sont vus confier des responsabilités particulières sur la billétique ou sur la sécurité aux arrêts. La relation aux usagers s’est nettement améliorée et chacun a exercé son métier avec plus d’intérêt et de satisfaction dans son travail. C’est un bon exemple montrant que la VAE est une démarche individuelle qui prend d’autant plus de sens lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre collectif. S’il n’y a généralement pas de lien automatique entre l’obtention du diplôme et la progression salariale, la mise en œuvre de la VAE "tire vers le haut" les qualifications et favorise la progression professionnelle de ceux qui ont accepté de s’y engager.

La VAE est-elle réellement accessible à tous ceux qui ont des compétences à faire reconnaître ?

Tous les diplômes et les titres ne sont pas encore accessibles par la VAE mais cela progresse. Certaines personnes ont du mal à s’y retrouver dans un système de certifications qui comporte environ 15 000 diplômes et titres ! Les Régions ont fait cependant un effort important pour mieux informer et conseiller les personnes qui souhaitent faire valider leurs acquis. On reproche parfois à la démarche d’être trop rigoureuse et lourde. Il est vrai que certains organismes qui délivrent des diplômes ou des titres ont du mal à accepter le principe même de la VAE et se montrent excessivement rigoureux. Les jurys sont encore insuffisamment préparés à cette modalité particulière de validation, très éloignée des pratiques habituelles de vérification des connaissances. Mais remplir un dossier de VAE est de toute façon une démarche exigeante. Il ne suffit pas de décrire ce que l’on a fait. Il faut aussi montrer en quoi les situations que l’on a vécues ont été sources d’apprentissage et d’acquisition de connaissances. Cela prend du temps et nécessite le plus souvent un accompagnement par une personne qui vous guide dans votre démarche. C’est à cette condition que la VAE peut devenir une occasion de développement personnel. C’est aussi ce qui permet que la VAE ne soit pas considérée comme l’attribution de diplômes "au rabais". Or ce réflexe existe encore chez certains employeurs ou chez certains formateurs. Pourtant, quelqu’un qui a appris par l’expérience, et qui s’est approprié des connaissances nouvelles à travers ce qu’il a vécu, s’avère souvent plus compétent que celui qui a appris de manière scolaire et qui ne sait pas toujours mettre en œuvre ses connaissances théoriques face à des situations professionnelles complexes.

Est-ce que tout le monde est concerné par la nécessité de former tout au long de la vie ?

Les organisations du travail évoluent, la nature des produits, les services, les technologies aussi. Prenons l’exemple d’une secrétaire de 50 ans, qui a obtenu un CAP à 18 ans. Elle a commencé sa vie professionnelle alors que la micro informatique faisait tout juste son apparition dans les entreprises. Si elle n’a pas eu la préoccupation constante d’adapter ses compétences, elle risque fort de ne plus être "dans la course", surtout face aux jeunes générations qui débutent généralement dans ces fonctions avec un BTS. Nous sommes confrontés en permanence à cette nécessité d’adaptation. Pour autant, se former tout au long de la vie ne signifie pas nécessairement retourner sur les bancs de l’école. Cela signifie d’abord acquérir des bases solides en formation initiale et savoir tirer parti des situations vécues pour progresser dans une tension permanente entre les savoir-faire acquis en situation de travail et la maîtrise de connaissances techniques qui évoluent de plus en plus vite. N’est-ce pas ce que nous constatons à travers la formation en alternance ? C’est aussi cela que favorise la VAE.

NDLR : Vincent est également Directeur de l’Observatoire sur la VAE. Il donne une conférence au Conseil régional du Centre à Orléans le mercredi 11 juin 2008 à 9h45 dans le cadre des rencontres régionales sur la VAE, concernant principalement un public de professionnels. Thème de son intervention : "La VAE, un choix de qualifications et de compétences pour l’entreprise" : opportunité, leviers, contraintes et enjeux ?

Quelques liens pour aller plus loin

Le site de l’Institut MVCA dirigé par Vincent Merle 
Une conférence de Vincent Merle sur la FTLV (vidéo Canal U) 
http://www.vae.gouv.fr 


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